Association des Amis de l'Eglise de Saint-Martin-aux-Buneaux



Poésie et prose


Un joli poème de Thérèse de Saint-Martin (Mme Marthe Nazet), mis en musique, sur Saint-Martin. La deuxième strophe évoque l'église et son clocher.

LE VILLAGE QUE J'AIME

Que j'aime mon beau village
Le pays de Saint-Martin
Leplateau près du rivage
La cloche au timbre argentin.
Et l'école ou l'enfant sage
Va joyeux chaque matin.
Que j'aime mon beau village
Le village de Saint-Martin.


Le grand clocher séculaire
S'élève dans le ciel bleu.
A son ombre tutélaire
Je viens prier le bon Dieu.
Le chateau héréditaire
Voisine avec le saint lieu.
Le grand clocher séculaire
S'élève dans le ciel bleu.


La mer au si doux murmure
Caresse les rochers bruns,
Recouverts d'une parure
D'algues et de frais embruns.
Du roc, la coquille dure
A, des vagues, les parfums.
La mer au si doux murmure
Caresse les rochers bruns.


Le laboureur dans la plaine,
Creuse avec soin le sillon
Où, pour la moisson prochaine,
Chantera le fin grillon,
Et de la ville lointaine,
Evite le tourbillon.
Le laboureur dans la plaine
Creuse avec soin le sillon.

Ma chaumière brune et blanche
Me sourit chaque matin,
Parmi les fleurs et les branches :
C'est un nid dans un jardin.
Le pinson à la voix franche
Chante comme un gai lutinl
Ma chaumière brune et blanche
Me sourit chaque matin.


Thérèse de Saint-Martin
(Mme Marthe Nazet)



Conte de Thérèse de Saint-Martin
paru dans le journal
« La Vie paroissiale
de Saint-Martin-aux-Buneaux »
à l'été 1938


 
Ce récit charmant que nous reproduisons, avec l’aimable permission de l’auteur, est extrait du livre pour enfants : « Contes de Grand‘Mère ».
Grands et petits lecteurs de notre « Vie paroissiale » s’y intéresseront, d’autant plus que c’est notre kermesse qui en a fourni le sujet est que le pseudonyme « Thérèse de Saint-Martin » cache une amie de notre paroisse.
Nous remercions l’auteur de son autorisation et de la promesse qu’elle a bien voulu nous faire de collaborer de nouveau à notre bulletin paroissial.

« La trompette »

C’est jour de kermesse au village. Grands et petits ont revêtu leurs plus beaux habits pour s’y rendre. Mireille et Suzanne, quatre et six ans, tout de blanc habillées, sont accompagnées par grand-père et grand-mère.
Quel joli spectacle sollicite les regards ! Les petites ouvrent des yeux émerveillés. Voilà que jeunes filles et jeunes garçons arrivent, déguisés, grimés, poudrés, pour former un cortège, une cavalcade, ni plus ni moins qu’à la ville.
Défilent : les pierrots, de blancheurs revêtus ; les pages gracieux ; les villageoises parées de la haute coiffe de dentelle ; des jeunes filles costumées en rose, en œillet, fleur parmi d’autres fleurs ; les paysans avec la blouse neuve et raide, le bonnet de coton sur l’oreille, le foulard rouge autour du cou. C’est une animation joyeuse. Les rubans claquent au vent, le gai caquet des fillettes se mêle au rire aigu des petits. Des voitures ornées de fleurs passent au pas tranquille des ânes. Une formule amusante se lit à l’arrière des véhicules : « Transport rapide. Rien ne sert de courir. Départ pour le marché 1830 ».
Bannière en tête, la musique arrive. Les tambours battent, les cuivres résonnent. Le cortège se met en marche. Des pages caracolent sur leurs chevaux nerveux, un âne blanc porte bien sagement un petit paysan tout fier est tout heureux de son sort. Le défilé a passé parmi les rires et les exclamations joyeuses. Maintenant nous entrons dans l’enceinte de la kermesse, installée dans une verte prairie d’où les vaches sont absentes aujourd’hui.
Les comptoirs rivalisent d’élégance et de parure. Des jardins pillés, les fleurs sont venues orner les boutiques, parmi les branches des asperges et des bruyères.
À la porte d’une loterie, un clown déchaîne l’hilarité par ses grimaces et ses gais propos.
Un lapinodrome exhibe ses lapins de toutes les couleurs. Les joueurs, accroupis à l’entour, essayent d’attirer les gentils rongeurs et de les exciter à sortir par un trou en agitant des fanes de carottes, mais ils réussissent surtout à faire peur aux lapins qui, d’un bon, sautent à l’autre bout du petit enclos.
Mireille et Suzanne sont arrêtées devant un comptoir portant cette inscription : « Au Mirliton ». Des éventails, des ombrelles en papiers multicolores et charmants, des serpentins, des confettis, des mirlitons garnis d’un panache de papier et des petites trompettes en bois enluminés de couleurs vives sont étoilées et sollicitent l’attention des fillettes.
 —  Que veux-tu ? Choisis ! dit grand-mère.
Pas de réponse... Que choisir ?... Elle voudrait tout à la fois.
Cependant l’hésitation de Mireille et de courte durée.
Un éventail, dit-elle, en désignant l’objet frais, joli, ressemblant à une gigantesque pâquerette blanche au coeur d’or.
— Et toi, Suzanne ?
— Une trompette.
— Une trompette ! fait grand-mère, c’est un jouet de garçon !
— Ne veux-tu pas un éventail comme celui de Mireille ? dit grand-mère.
L’enfant secoue une tête frisée et têtue.
— Non, je veux une trompette.
Les achats sont faits. Les fillettes s’éloignent dans la fête souriant à leurs cadeaux. Aussitôt en possession de la trompette, Suzanne souffle comme si elle était chargée de faire tomber les murs de Jéricho. (Voyez l’Histoire sainte). Ses yeux brillent, ses joues se gonflent ; la trompette rend des sons aigus et stridents, aussi harmonieux que des sifflets de locomotive.
— Assez ! Assez ! Supplie grand-mère plus bas. Justement la « musique » du pays : Le Réveil, joue un de ses meilleurs morceaux.
Suzanne, avec une ardeur redoublée, fait rendre à sa trompette des sons déchirants.
— Oh, non, tu m’empêches d’écouter la musique.
L’enfant, qui croyait de bonne foi faire sa partie dans le concert, étonnée, cesse un court instant de jouer de son instrument. Le morceau terminé, elle recommence de plus belle.
— La jolie chanson ! dit un jeune garçon.
— Grand-mère, pourquoi a-t-il dit, la jolie chanson ?
— Parce que ce n’est pas beau.
Suzanne ne répond rien, mais elle ne souffle plus dans sa trompette. Arrivée à la maison, voilà qu’elle éclate en pleurs.
— Qu’est-ce que tu as ?
— J’aurais voulu un éventail.
— Non, tu voulais une trompette.
— J’aime mieux un éventail.
— Ma petite, il faut savoir ce que l’on veut et ne rien regretter plus tard.
Ceci nous montre qu’un bonheur déprécié perd sa valeur. Une chose est belle tant qu’elle est belle à nos yeux. Par charité, gardons-nous de détromper les joueurs de trompette (j’entends par là tous ceux qui, charmés par la possession d’un bien souhaité, le croient magnifique alors qu’il est médiocre).
Et nous apprenons encore dans ce conte que certains enfants, voire des grandes personnes, envient toujours le sort des autres.

Thérèse de Saint-Martin